Rapport Dénombrer et Décrire les décès "SDF" 2015

mercredi 14 décembre 2016

Publication du Rapport « Dénombrer et Décrire la mortalité des personnes « SDF » décédées en 2015 »

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Avec nos remerciements pour les soutiens de la DGCS (Direction Générale de la Cohésion Sociale), de la Fondation Caritas et de la Fondation Abbé Pierre

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Communiqué de Presse

  • Les chiffres
    Notre étude est fondée sur des statistiques qui ne représentent qu’une partie de la réalité. Nous devons faire des constats à partir d’une partie visible de l’iceberg en espérant qu’elle soit représentative de la réalité de vie des personnes.
    Le travail du service épidémiologie du Collectif des Morts de la Rue (CMDR) est, au travers de la Recherche scientifique, un engagement humain à l’égard de ceux qui à présent ne peuvent plus parler. Nous voulons déceler les causes plurifactorielles, directes ou indirectes qui ont pu précipiter la mort des personnes « SDF » ; à la lumière de ces causes nous pourrons alerter les nombreux partenaires et acteurs de la Société afin que des mesures soient prises allant dans le sens d’une meilleure prise en charge des personnes vivant à la rue.
    En somme notre souhait est de voir diminuer le nombre des morts de la rue jusqu’au jour où le Collectif Les Morts de la Rue n’aura plus de raison d’exister… Et même si cela est un rêve, continuons de rêver en avançant. Notre étude existe depuis 5 ans, et va continuer, grâce à un financement public, et à d’autres engagements financiers de partenaires associatifs et institutionnels, ainsi que nos donateurs ;

  • L’étude porte sur 497 décès de personnes « SDF » et 88 décès de personnes anciennement à la rue dont le décès survenu en 2015 a été signalé au CMDR.
  • Le nombre réel de décès de personnes « SDF » est estimé à plus de 2800 personnes.

  • Les causes les plus fréquemment citées pour la perte de logement sont la séparation conjugale, la maladie, et la migration.

  • En moyenne, ces personnes ont passé 10 ans en situation de rue.

  • Les personnes « SDF » sont décédées à 49,6 ans en moyenne, soit près de 30 ans de moins que le reste de la population.

  • Causes de décès : inconnues pour 55% des personnes, 28% de causes violentes (chutes, agressions, accidents, suicides, les plus jeunes et les plus médiatisés) et 27% de maladie, les plus âgés).
  • Lieu de décès : 44% des personnes sont décédées sur la voie publique ou dans des abris de fortune ; 37% sont décédées dans un lieu de soins (contre 57% en population générale).

    Vulnérables parmi les vulnérables :
  • Femmes : 43 décès, soit 8% de l’ensemble des décès
  • Mineurs de moins de 15 ans : 6 décès dont les parents sont tous étrangers
  • Personnes de plus de 65 ans : 117 décès soit 20% de l’ensemble des décès
  • Communauté Rom : 11 décès, dont 5 enfants.
  • Migrants en Nord-Pas-de-Calais : 29 décès lors de tentatives de traversées en Angleterre.

    Saisonnalité
    L’hiver (novembre-mars) voit le nombre de décès augmenter pour la globalité de la population nationale, hébergée ou non, d’environ 15% (Sources : Insee, estimations de population et statistiques de l’état civil). Les décès parmi la population « SDF » suivent cette tendance. Les personnes « SDF » ne meurent pas plus l’hiver que la population générale. Ni plus l’été.
    Les décès liés au froid (hypothermie, incendies) ne sont pas la première cause de décès des personnes « SDF » (1% seulement de décès par hypothermie en 2015). Ce sont les causes externes qui sont premières : accidents, agressions, suicides… pour les plus jeunes, et les cancers pour les plus âgés.
    Attribuer ces décès à des causes climatiques pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une fatalité à laquelle nul ne peut rien. L’hiver, comme l’été sont immuables, alors que la situation précaire face au logement ne l’est pas : nous pouvons agir contre la précarité. Pas contre les saisons.

    Alcool
    Les personnes « SDF » consomment globalement moins fréquemment de l’alcool que la population générale. Mais parmi les personnes « sans abri », ceux qui consomment le font de manière plus fréquente.

  • Liens sociaux
    Les personnes « SDF » ne sont pas isolées : 65% des personnes ont été décrites avec des liens sociaux : amis, voisins, familles, associations, paroisses, accueils de jour, maraudes…

Nos principales recommandations

1. La prévention

  • Soutien des personnes « SDF » lors de la perte d’un proche
  • Suivi à la sortie d’hospitalisation ou en soins de suite pour éviter les ruptures au cours des soins
  • Suivi particulier à la sortie de prison
  • Suivi des jeunes en rupture à la sortie du dispositif d’Aide Sociale à l’Enfance
  • Roms et familles en campement : favoriser la stabilisation pour un meilleur suivi médicosocial et la scolarisation. Les enfants décédés en 2015 appartiennent en majorité à des familles Rom, ou migrants en situation irrégulière. 5 enfants sur 6 étaient issus de famille vivant en bidonville. Aucun d’entre eux n’était né en France de parents français.
    Il semble que les conditions de vie de ces personnes en situation d’immigration, et notamment des expulsions à répétition de leurs lieux de vie, soient particulièrement dangereuses pour leurs enfants.
    Il faudrait prioriser la stabilité de logement des familles, dans des conditions prévues pour l’habitation ; prioriser également le suivi médical et la scolarisation des enfants.
  • Pour les hommes, les séparations conjugales, les migrations, la perte d’un emploi et les sorties de prison sont davantage citées comme causes de perte du logement. Il serait ainsi pertinent que lors de ces évènements, un accompagnement individualisé soit proposé afin d’éviter la perte du logement.

2. L’hébergement

  • Pérennisation des hébergements :

    - tant sur les saisons (comme on ne meurt pas que l’hiver mais toute l’année, il ne faut pas interrompre les hébergements)

    - que dans l’espace : ne pas multiplier les expulsions ou les changements d’hôtels ; c’est cher, inefficace et fragilise énormément les personnes qui en sont victimes.

  • Pour l’hébergement, remettre enfin à plat la question des hôtels dont le coût (le prix d’une chambre pour une famille dépasse celui d’un appartement) est dénoncé depuis des années sans que rien ne change et créer des hébergements ad hoc (notamment pour les familles) à l’échelle régionale, seul niveau pertinent pour mieux répartir l’effort et éviter ainsi la surcharge d’une seule entité territoriale
  • La question de l’hébergement doit aussi poser celle de la fluidité des dispositifs avec, notamment, ouverture de logements très sociaux permettant à ceux qui en ont les capacités de quitter les structures d’hébergement pour aller dans des logements de droit commun et ainsi libérer des places dans l’hébergement assez largement « enkysté »

    3. L’accompagnement
  • L’accompagnement doit durer au-delà de l’entrée en hébergement, voire dans une solution de logement stabilisée
  • Il semble nécessaire de valoriser davantage la complémentarité entre les professionnel-le-s salarié-e-s et les bénévoles, chacun-e avec sa propre expertise technique et humaine. Les deux apparaissent nécessaires car leurs compétences et disponibilités dans la durée s’avèrent complémentaires. La complémentarité des acteurs devrait être encouragée, y compris par le financement de postes plus nombreux d’animateurs de bénévoles.

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