Bernard, le premier mort de l’hiver

mercredi 31 octobre 2012

Le vent se fait froid, les températures chutent, ce dimanche 28 octobre les salles de rédaction sont en effervescence. Le premier SDF « mort de froid » est au rendez-vous de l’agenda médiatique.

Pour dresser le portrait de la première victime les journalistes s’affairent à chercher indices pour reconstituer les détails de son infortune.
Les brèves tombent et s’enchaînent, journaux nationaux, rédactions régionales, télévision, web, radios….
On apprend de proche en proche qu’il avait 59 ans, s’appelait Bernard, qu’il était aussi roux que cultivé, ancien légionnaire, que sa santé était mauvaise, qu’il « buvait un peu trop ».
Ainsi on sait beaucoup, mais trop tard, de la vie de Bernard. Ainsi on nous rappelle qu’en France, si on doit vivre dehors, on peut mourir de froid. Mais pas seulement, et au risque de froisser les journalistes en mal de scoop, on peut y mourir des suites de violences (agressés dans la rue, brûlé sous sa tente) de manque de soin … la liste est longue.
Bernard est la 300ème personne dont le décès est recensé par le Collectif Les Mort de la Rue depuis le début de l’année 2012.

Perversion médiatique : dans le portrait ainsi brossé, on sait tant de Bernard qu’il a « refusé de partir avec une association ». Nous supposons alors que, rationnellement sans doute, il aura préféré se bricoler une survie dans la rue.
Mais là, on ne dit rien des raisons de son choix, de l’inhumanité des conditions d’accueil en hébergement d’urgence (les dortoirs surpeuplés, risque de vols, de viols, d’agression..), de la difficulté d’accéder à une offre aussi rare qu’inadaptée….

Depuis des années nous dénonçons la mort prématurée des personnes vivant à la rue. Depuis des années nous interpellons différents gouvernements, pour finalement n’en constater que l’impuissance ou le manque ferme de volonté.
Les alternances gauche-droite n’y auront rien changé. L’urgence et la gestion saisonnière restent la norme imposée, avec pour preuve, s’il en fallait, cette fameuse circulaire ministérielle qui, d’année en année, n’est que le même copié-collé de mesures hivernales.

Pas de volonté ou des décisions bien tardives, alors que les associations dénonçaient dès le mois de juin au nouveau gouvernement les problèmes rencontrés, elles attendaient que des mesures, des anticipations soient entreprises… rien de cela !
Quelle personnalité politique osera réformer un dispositif inadapté ? On nous annonce à grand renfort de communication une grande conférence pour établir une programmation sur 5 ans. La problématique des sans-abris sera à l’ordre du jour. Mais concrètement au lendemain de cette conférence qu’est ce qui aura changé pour les personnes sur nos trottoirs ?
Alors cet hiver sera comme tous les autres et beaucoup de Bernard vont se retrouver à la une des journaux malgré eux.


Commentaires

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dimanche 25 novembre 2012 à 09h56, par  Cecile

Bernard, Le légionnaire… Par son entourage de nombreux éléments de vie peuvent remonter.
Pour les démarches administratives, tout est long, comme souvent. Il a fallu plus d’une semaine pour que Bernard soit officiellement identifié. Puis a commencé la recherche dans l’intérêt des familles, pour laisser le temps à son éventuelle famille de se manifester. Ce ne sera que demain, 26 janvier, que le permis d’inhumer sera enfin accordé. Presque un mois après sa mort.
La famille n’étant pas retrouvée, le Collectif les Morts de la Rue va aider les amis, les associations, à faire les démarches de prise en charge des funérailles et à organiser un hommage à sa mémoire.
C’est long. C’est parfois vu comme un abandon par les amis. Mais il est vrai que souvent de nombreuses ruptures mènent à vivre à la rue, et parfois ce long temps permet de remonter le fil, retrouver des amis, de la famille…

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